Ingénierie de la santé : au croisement des technologies, de la qualité et du règlementaire
Face à l'évolution des besoins de la medtech en matière de recrutement, l'Université de Montpellier propose les parcours DMCC et RIDMN : deux formations niveau master adaptées à la complexification des exigences réglementaires et à l’essor du numérique en santé.
Par Lionel Doris (Expert Dispositifs Médicaux, Carmat SAS), Xavier Garric (Professeur des Universités/Praticien Hospitalier à l'Université Montpellier et au CHU Nîmes) et Georges Essosso (Enseignant- Chercheur à l'Université de Montpellier)

De haut en bas : Lionel, Doris, Georges Essosso et Xavier Garric (Sources : Nicolas Broquedis et Université de Montpellier)
Les carrières d’ingénieur couvrent aujourd’hui un spectre large, du génie mécanique et électronique aux sciences des données et à l’intelligence artificielle. Dans le secteur de la santé, ces compétences prennent une dimension particulière. Concevoir un dispositif médical, développer une technologie numérique ou mettre au point un biomatériau innovant ne relève pas uniquement de la performance technique : ces innovations doivent s’inscrire dans un cadre clinique, normatif et réglementaire particulièrement structurant, où la sécurité du patient demeure centrale.
Une approche résolument interdisciplinaire
L’ingénierie appliquée à la santé repose sur une approche résolument interdisciplinaire. Elle mobilise les sciences de l’ingénieur, mais également la biologie, la chimie, la physique et la médecine. À ces dimensions scientifiques s’ajoutent désormais, de manière déterminante, la qualité, la gestion des risques et les affaires réglementaires. L’avènement du règlement européen (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux, combiné aux autres cadres juridiques transverses (IA Act, RGPD, Data Act, etc.) a profondément transformé les compétences attendues par les industriels. L’innovation ne peut plus être pensée indépendamment de la documentation technique, de l’évaluation clinique, de l’investigation clinique, de la traçabilité ou de la stratégie d’accès au marché. Cette évolution impose de décloisonner les expertises.
Du laboratoire au patient, le développement d’un dispositif médical s’inscrit dans un continuum exigeant. Les activités de recherche et développement en constituent le socle. En ingénierie tissulaire et en science des biomatériaux, les travaux portent sur des matériaux résorbables, fonctionnalisés ou implantables, destinés à interagir avec le vivant tout en répondant à des contraintes mécaniques et biologiques strictes. En biomécanique et en bio-instrumentation, l’analyse des mouvements, des contraintes ou des signaux physiologiques alimente la conception d’implants, de dispositifs d’assistance ou d’outils de diagnostic. Enfin, le numérique en santé et l’intelligence artificielle transforment profondément le secteur, qu’il s’agisse de logiciels dispositifs médicaux, d’algorithmes d’aide à la décision ou de systèmes connectés. Dans ce dernier domaine, les enjeux de cybersécurité, de gouvernance des données, de transparence, de robustesse, de contrôle humain, d’interopérabilité, de validation clinique et de conformité réglementaire sont devenus aussi structurants que la performance algorithmique elle-même.
À cela s’ajoutent les exigences croissantes en matière d’évaluation continue, de surveillance post-commercialisation, de matériovigilance, qui conditionnent désormais la confiance des professionnels de santé, des patients et des autorités. L’intégration responsable de ces technologies suppose ainsi une articulation fine entre innovation, éthique, qualité, sécurité et respect du cadre règlementaire.
Des parcours universitaires adaptés aux spécificités de la medtech
Dans ce contexte, les écoles d’ingénieurs et les formations scientifiques apportent une expertise technologique approfondie indispensable à la conception des solutions. En complément, certaines formations universitaires de niveau master proposent une spécialisation centrée sur l’interface entre bases scientifiques, réglementation et management de l’innovation. Ces parcours ne délivrent pas le titre d’ingénieur diplômé, réservé aux établissements habilités, mais confèrent un grade de master permettant d’acquérir une vision globale du cycle de vie des dispositifs médicaux et des technologies numériques en santé.
À l’Université de Montpellier, au sein de la Faculté de pharmacie, deux parcours s’inscrivent dans cette logique. Le parcours "Réglementation Internationale des Dispositifs Médicaux Numériques" (RIDMN), intégré à la mention Sciences du Médicament, forme aux spécificités des logiciels dispositifs médicaux, aux exigences européennes et internationales et aux systèmes qualité associés. Le parcours "Dispositifs Médicaux : de la Conception à la Commercialisation" (DMCC), rattaché à la mention Ingénierie de la Santé, aborde l’ensemble du continuum de développement, de l’identification du besoin clinique à la stratégie de mise sur le marché, en intégrant gestion des risques, évaluation clinique et conformité normative.
Ces formations accueillent des profils variés (ingénieurs, diplômés de licences ou de BUT scientifiques, étudiants en pharmacie) souhaitant développer une double compétence. L’objectif est de former des professionnels capables de dialoguer avec les équipes R&D, les responsables qualité, les affaires réglementaires et les cliniciens, en intégrant les contraintes normatives dès les premières étapes de conception et non en aval du projet.
Un complément indispensable aux écoles d'ingénieurs
Le tissu industriel des medtechs, composé de grands groupes, d’ETI, de PME et d’un écosystème dynamique de start-up, renforce cette demande de profils hybrides. Les diplômés évoluent vers des fonctions en affaires réglementaires, assurance qualité, gestion de projet, affaires cliniques ou stratégie d’innovation. La capacité à articuler développement technologique et conformité réglementaire constitue aujourd’hui un facteur différenciant, notamment dans les phases critiques de marquage CE, d’accès aux marchés internationaux ou de levée de fonds.
Plutôt que d’opposer écoles d’ingénieurs et universités, l’enjeu réside désormais dans leur complémentarité. Les premières structurent l’expertise technique approfondie ; les secondes peuvent proposer des spécialisations ciblées permettant d’articuler ingénierie, réglementation et qualité. Dans un environnement marqué par la complexification des exigences européennes et par l’essor rapide des technologies numériques en santé, former des profils d’interface apparaît comme un levier stratégique pour soutenir une innovation responsable, sécurisée et compétitive.





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