Une année 2025 difficile pour la HealthTech française
Le 19 février 2026, France Biotech présentait son étude annuelle des grandes évolutions du secteur des technologies innovantes de la santé en France : le Panorama HealthTech. Voici un florilège d'informations issues de cette 23ème édition, avec un focus sur la Medtech et la santé numérique.
Produit tous les ans par France Biotech, le Panorama HealthTech est l'occasion de dresser le bilan de l'année écoulée concernant le marché de l'innovation en santé. Parmi les quelque 500 entreprises qui ont participé à l'étude de 2025, le segment des biotechnologies reste prépondérant avec 32 % du panel, suivi par la medtech (diagnostic compris) et la santé numérique (IA comprise) avec 26 % chacune, et les CRO/CDMO (10 %). Une répartition stable par rapport à 2023.
En plus d'analyser les caractéristiques des entreprises participantes et leurs préoccupations, l'étude développe trois sujets : les partenariats, le soutien de l'Etat et le financement des entreprises, qui ne sont pas abordés ici. On retiendra que, globalement, la filière confirme une résilience structurelle, mais qu'elle évolue désormais dans un contexte de durcissement simultané des contraintes financières, réglementaires et d’accès au marché.
Un ralentissement économique sensible en 2024
Les 2738 entreprises de la HealthTech française ont généré, chacune en moyenne, un chiffre d'affaires de 5,1 M€, soit 22 % de moins qu'en 2023, alors que la précédente étude constatait une croissance entre 2022 et 2023. Pas étonnant, dans ces conditions, d'observer une réduction des investissements en R&D (2,6 M€ en moyenne en 2024 contre 3,4 M€ en 2023), reflet d’une gestion budgétaire plus prudente. Cette R&D demeure toutefois le pilier stratégique du modèle HealthTech, avec 64 % des dépenses totales, et la mobilisation de 39 % des effectifs.
Hormis son intégration dans les produits, l'intelligence artificielle se présente comme un levier de productivité pour de nombreuses entreprises de la HealthTech. Près des deux tiers d'entre elles utilise en effet l'IA générative pour leurs activités. La proportion est plus importante pour les entreprises de la santé numérique (73 %) et de la medtech (70 %). Signe d’une appropriation stratégique, 44 % des sociétés ont d’ores et déjà développé un ou plusieurs outils en interne, parfois associés à des solutions plus répandues et disponibles sur le marché tels que ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral, etc.
Ces différents outils sont employés en priorité en R&D (29 %), en veille scientifique/réglementaire (27 %) et dans les processus opérationnels de vente, marketing, RH, comptabilité (24 %).
Une légère baisse est observée dans le dépôt de brevets en 2025 comparé à 2024, illustrant la diminution des activités et des investissements en R&D des entreprises et l’impact de l’exclusion des dépenses de brevets de l’assiette du Crédit Impôt Recherche. Ceci étant, la vocation technologique de la filière reste profonde car plus des trois quarts des entreprises biotech et medtech ont déposé des brevets depuis leur création, et la grande majorité prévoit de le faire à l’avenir (82 %).
De son côté, l'emploi reste dynamique, mais plus sélectif. Les deux tiers des entreprises de l’étude ont recruté de nouveaux collaborateurs en 2025. Cependant, les intentions de recrutement pour 2026 reculent légèrement (78 % contre 83 % fin 2024), traduisant là-encore une prudence accrue. La R&D et les fonctions associées à la production et aux opérations représentent les deux tiers des emplois en 2025, tandis que certains profils sont particulièrement recherchés, notamment en data science et informatique.
Medtech : une maturité croissante mais des contraintes réglementaires persistantes

Domaines thérapeutiques des DM commercialisés et en développement (% de produits) (Source : France Biotech).
En France, on compte environ 1400 sociétés qui développent des dispositifs médicaux, couvrant un large éventail d’aires thérapeutiques. La chirurgie représente 23 % des produits, en progression de 4 points en un an. La neurologie et le cardio-vasculaire complètent le podium, pour représenter à eux trois la moitié des produits en développement ou commercialisés.
Le secteur est l’un des plus matures de la HealthTech avec en moyenne 4 produits en développement par entreprise. Un peu plus de la moitié des DM sont aujourd’hui en phase d’enregistrement ou déjà commercialisés, notamment à l'international (pour trois quarts des entreprises). C'est aussi le segment d’activités de l'étude qui possède le plus d’employés en moyenne par entreprise (37).
Quelque 78 % des entreprises de la medtech sont directement concernées par le marquage CE (parmi celles qui ne le sont pas, on retrouve essentiellement des sous-traitants). En 2025, seules 28 % de ces entreprises ont déclaré avoir certifié leurs produits les plus importants selon les exigences du nouveau règlement MDR (contre 24 % en 2024). Les répondants à l'étude rapportent des difficultés pour finaliser leurs dossiers, témoignant de la complexité des procédures. Il faut en moyenne 12 mois (de la soumission initiale du dossier à la certification) pour obtenir le marquage CE. 20 % des entreprises font état de plus de 24 mois (contre 13 % seulement en 2024). Ces délais prolongés représentent évidemment un frein à l’innovation, compromettant parfois la viabilité économique des projets. Quant aux prix pratiqués par les organismes notifiés (ON), ils représentent désormais la principale difficulté rencontrée par les entreprises (58 %) devançant ainsi le manque de visibilité sur les délais de certification (52 %).

Réponses à la question "Quelles sont les principales difficultés concernant le MDR ?" (Source : France Biotech)
Plusieurs axes d’amélioration ressortent : une majorité de répondants appelle à la création d’un mécanisme de fast track afin de raccourcir les délais de certification des dispositifs innovants. Beaucoup plaident aussi pour un encadrement plus strict des coûts et des délais associés aux procédures. La simplification de la préparation des dossiers réglementaires apparaît également comme une attente majeure.
L’adoption de ces mesures contribuerait à alléger et à fluidifier les démarches, tout en favorisant l’innovation et en renforçant la compétitivité des acteurs français, en particulier des PME, face aux exigences européennes et nationales de certification.
Santé numérique : agilité commerciale et défis d'accès au marché
La santé numérique et l’intelligence artificielle constituent aujourd’hui l’un des segments les plus dynamiques de la HealthTech française. Plus jeune (7 ans d’âge moyen) que le reste de l’écosystème, ce segment affiche 76 % de solutions déjà commercialisées. Cette agilité s’explique notamment par des cycles de développement plus courts.
Le premier domaine d'application (17 %) concerne le big data et l'analyse de données, suivi par la télémédecine, le diagnostic digital, la télésurveillance de patient, la coordination des soins, les outils destinés aux professionnels de santé, la thérapie digitale (DTx)...
Parmi les solutions digitales en santé :
- 74 % sont des logiciels
- 39% de ces solutions sont des dispositifs médicaux dont les trois quarts nécessitent un marquage CE
- 19 % sont dédiées à la R&D contribuant à accélérer l'éclosion de nouvelles solutions thérapeutiques
- 60 % intègrent de l'IA (dont 77 % de machine learning).
Les modèles économiques des sociétés de numérique en santé sont variés, parfois mixtes, du fait de la diversité des solutions développées. Assez naturellement, le système hospitalier demeure le principal acheteur de ces solutions avec les deux tiers des entreprises le ciblant. Contrairement à 2024, la prise en charge par l’assurance maladie ou par les mutuelles, ont repris du terrain sur l’achat libéral bien que celui-ci progresse toujours. Avec 86 % des entreprises possédant un modèle B2B, la vente de services ou produits en direct demeure le modèle privilégié pour les entreprises de santé numérique.
Globalement, malgré la dynamique de la santé numérique, les entreprises font face à des problématiques de financement, d’accès au remboursement, d’interopérabilité hospitalière et d’accès aux données : des freins importants pour le déploiement et l’adoption des solutions numériques à grande échelle.
Pour accéder à l'étude complète, cliquer ici.








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