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Comment se porte l’industrie suisse du dispositif médical ?

Publié le 31 janvier 2017 par Patrick RENARD
Source : Swiss Medtech 755

Élaboré tous les deux ans, le rapport SMTI (Swiss Medical Technology Industry) dresse l'état de santé de l'industrie suisse des technologies médicales. L'édition 2016 fait état d'un secteur qui reste moteur pour le pays, malgré un contexte difficile.

Publiée par Swiss Medtech (fruit de la fusion de FASMED et Medical Cluster) en coopération avec le groupe Helbling, l’étude de branche 2016 consacrée à l’industrie suisse de la technologie médicale (ISTM ou SMTI, au choix) repose sur le sondage de 344 entreprises (fabricants, fournisseurs, prestataires de services spécialisés et entreprises commerciales de toutes les régions de Suisse) ainsi que sur les données factuelles dérivées.

FASMED et Medical Cluster vont fusionner pour devenir Swiss Medtech

On notera d'abord que la Suisse continue de présenter un secteur des technologies médicales solide : le pays a généré un CA de 14,1 Mds CHF (francs suisses, soit environ 13,2 Mds €) en 2015 , ce qui correspond à 2,2 % du PIB et à une augmentation de 800 M CHF par rapport à 2014. Pour comparaison, on peut estimer le CA de la filière des DM à près de 375 Mds € au niveau mondial, et 25 Mds € en France.

Depuis 2010, le SMTI a affiché une croissance constante de son CA d'environ 6 % par an, nettement supérieur à la croissance du PIB. En 2015, la branche regroupait environ 1350 fabricants, fournisseurs, prestataires de services et entreprises commerciales et de distribution employant 54500 collaborateurs, soit 1500 de plus qu’en 2014, ce qui correspond à une hausse de 2,8 %. La productivité s'élève ainsi à environ 260000 CHF par collaborateur (soit environ 244000 €). Pour comparaison, la même branche regroupe en France environ 1100 entreprises en France employant 65000 collaborateurs.

Chiffres clés des technologies médicales suisses*

  • Près de 1350 entreprises (fabricants, fournisseurs, revendeurs et prestataires de services) et 54500 collaborateurs.
  • Environ 14,1 Mds CHF de CA, soit 2,2 % du PIB de la Suisse.
  • Environ 10,6 Mds CHF d'exportation, dont 2,6 Mds aux Etats-Unis et 2,2 Mds en Allemagne
  • Environ 5,6 Mds CHF de contribution à l’excédent commercial suisse. Soit 16% de celui-ci.

*Ces chiffres reposent sur des estimations à partir des valeurs du sondage STMI 2016 et se rapportent à l’année 2015.

Stabilité globale de l'exportation mais baisse dans l’UE

Avec 10,6 Mds CHF (9,9 Mds €), les exportations ont pu être maintenues à un niveau élevé en 2015 malgré un franc suisse fort. Les principales destinations que sont les États-Unis (2,6 Mds CHF) et l’Allemagne (2,2 Mds CHF) ont même pu être renforcées. En revanche, les exportations dans l’UE ont perdu environ 15 % de leur valeur depuis 2010. Cette baisse traduit notamment l’évolution négative du taux de change euro/CHF, qui a fait diminuer les exportations en termes de valeur, ainsi que la réduction de la demande, notamment dans les pays européens touchés par la crise comme la France, l’Italie et l’Espagne.

A noter que l’industrie suisse des technologies médicales contribue à hauteur de 5,6 Mds CHF à l’excédent commercial suisse, ce qui représente un sixième de ce dernier.

De leur côté, les importations ont augmenté de 11 % depuis 2010. Les principaux partenaires sont ici aussi les États-Unis et l’Allemagne. La branche techmed a pu profiter de prix plus abordables au vu de la faiblesse de l’euro. De plus, le franc fort et l’environnement concurrentiel ainsi que la hausse de la pression des coûts forcent les entreprises à augmenter leurs acquisitions de consommations intermédiaires et de biens d’investissement importés de l’étranger. D’après les estimations des acteurs du secteur, cette tendance se poursuivra et l’évolution de l’euro par rapport au franc suisse restera à l’avenir l’une des préoccupations de la branche.

Renforcement des investissements à l’étranger

Malgré un franc fort, la majeure partie des entreprises, dont des acteurs mondiaux comme Johnson & Johnson Medical, Medtronic, Zimmer Biomet et Biotronik, continuent de produire en Suisse. Ceci dit, des fabricants ont simultanément intensifié les efforts de développement de leurs capacités à l’étranger au cours des dernières années. C'est le cas aussi pour les fournisseurs, mais dans une moindre mesure, étant donné l’importance pour ces derniers de la proximité avec les fabricants nationaux.

La majorité des entreprises interrogées continueront d’investir aussi bien en Suisse qu’à l’étranger, les secteurs du marketing et des ventes, suivis de la production et de la recherche et développement constituant les principaux bénéficiaires de ces investissements. 86 % des entreprises prévoient des investissements en Suisse, notamment en raison du recrutement de spécialistes qualifiés et de la productivité élevée. Une proportion presque égale de sociétés souhaitent néanmoins aussi investir à l’étranger. Les principales raisons en sont la proximité avec la clientèle, le franc fort et les coûts élevés du personnel en Suisse. L’Allemagne et l'Amérique du Nord restent les principaux marchés cibles pour les investissements de fabricants et de fournisseurs suisses dans le secteur des technologies médicales, et cette tendance est à la hausse.

Innovation et numérisation

Chaque année, les fabricants et les fournisseurs suisses du secteur des technologies médicales investissent respectivement jusqu’à 30 % et 13 % de leur CA dans la R&D, en fonction de leur taille et de leur ancienneté. Ce sont les microentreprises qui réalisent proportionnellement les investissements les plus importants. Les nouveaux produits sont principalement le fruit de développements internes ainsi que de coopérations, notamment avec des universités. Les grandes entreprises complètent leur propre développement par l’acquisition d’idées, de prototypes et de produits finis.

Les acteurs des technologies médicales estiment que la numérisation constitue un important facteur d’innovations. Neuf entreprises sur dix considèrent qu’il s’agit d’une opportunité de taille et près de la moitié des sociétés interrogées jugent qu'elle aura un impact important sur les modèles d’affaires actuels.

En tout cas, les acteurs de la branche croient en leur potentiel et envisagent l’avenir positivement : les entreprises sondées prévoient en 2016 une hausse de la croissance moyenne du chiffre d’affaires de 8,6 %, et de 7,5 % pour 2017.

Une place économique toujours attrayante ?

Les atouts de la Suisse en tant que place économique restent importants. Le pays se démarque encore par son accès à des spécialistes très qualifiés, un environnement hautement innovant et un impôt sur les entreprises relativement faible.

L’étude SMTI 2016 a établi pour la première fois une comparaison détaillée entre les quatre pôles économiques concurrents que sont l'Allemagne, l’Irlande, les USA et Singapour. Face à ces pays de plus en plus attrayants, la Suisse risque de perdre ses avantages actuels. Les incertitudes quant à l’introduction de la réforme de l’imposition des entreprises, la mise en application de l’initiative contre l’immigration de masse et l’aggravation de la pénurie de spécialistes qu’elle engendre représentent en Suisse des facteurs d’incertitude pour les dirigeants. En ce qui concerne l’accès à des spécialistes étrangers hautement qualifiés et à des projets de recherche tels que le programme "Horizon 2020" ainsi que la libre circulation des marchandises, des risques latents existent en raison des négociations bilatérales qui s’annoncent avec l’UE.

La bureaucratie, un obstacle à l’esprit d’innovation

Face à l’aggravation des circonstances, presque 80 % des entreprises interrogées ont expliqué que le principal défi auquel elles devaient faire face était de préserver leur capacité d'innovation. Les autres difficultés mentionnées sont la maîtrise des réglementations, toujours plus nombreuses et complexes, et le flot de documentation associé, qui constituent selon elles un obstacle à l’innovation, notamment lors de la certification de nouveaux produits.

Mais il existe d'autres obstacles à franchir, notamment en ce qui concerne des projets à financement public avec des partenaires de recherche. Les entreprises du dispositif médical citent en premier lieu la complexité de la soumission d’offres, les PME et les start-up faisant avant tout part de leurs difficultés à satisfaire les diverses formalités.

C’est justement pour les profils de postes spécifiques aux technologies médicales tels que la recherche et le développement, la qualité, les réglementations et les autorisations, que les entreprises peinent à trouver des spécialistes qualifiés. Et c’est principalement dans ces domaines que la profession a augmenté ses effectifs, rendant ainsi le recrutement de spécialistes à l’étranger nécessaire. Les entreprises interrogées ont également désigné le recrutement de spécialistes qualifiés en matière de marketing et de distribution comme étant particulièrement complexe.

Concentration sur l’optimisation des processus et la formation postgraduée

Le rapport précise qu'au cours des dernières années, les entreprises suisses des technologies médicales ont su adapter leur stratégie d’entreprise et leurs structures, tout en améliorant en permanence leur excellence opérationnelle et en continuant d’exploiter leur potentiel d’amélioration de la productivité ainsi que de l’efficacité des coûts.

Tandis que les fournisseurs continueront à l’avenir de se concentrer sur l’optimisation des processus ainsi que sur la formation et le perfectionnement du personnel, plus de 90 % des fabricants ont axé leurs efforts sur l’amélioration et l’extension de la commercialisation, le renforcement de l’innovation et le rajeunissement de leur gamme de produits.

Pour télécharger le rapport complet (en anglais), cliquer ici.


www.swiss-medtech.ch

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